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Quotidien du
Médecin n° 8593
Ouverture de la Cité de la BD à Angoulême
La BD médicale sort de sa bulle
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La BD médicale
existe-t-elle? Pour les uns, ce serait l’irruption de l’univers de
la santé dans celui des dessinateurs de presse et/ou de BD, pour
d’autres, cela rappelle le (bon) temps des planches offertes par
les labos, pour certains, cela fleure bon l’éducation à la
santé…Ça valait la peine de vous en faire un dessin, à l’occasion
de l’ouverture, le 20 juin, du musée de la BD à Angoulême*
(gratuit ce week-end). |
Trente-six médecins y ont consacré leur thèse depuis 1979. Un chercheur
du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) en a fait une
étude pour le Forum mondial de la santé**. Le Dr Gérald Bernardin,
collectionneur impénitent, a recensé 970 albums spécifiques sur son site
Web (www.bdmedicales.com).
La BD médicale sort de sa bulle.
L’âge d’or des planches « labos »
Dès les années 1940/1950, les laboratoires utilisent volontiers le
dessin humoristique comme vecteur de leurs produits. Planches, cartes
postales et buvards humoristiques sont très prisés, rappelle le Dr
Bernardin, qui cite, pour les années 1960, les cartes « Optalidon » par
Sandoz ou la série des laboratoires Le Brun (ah,
l’Eucalyptine-Pénicilline Suppositoire?!) sur le thème du rhume, série
qui a duré vingt ans. Comment on s’enrhume à Paris, chez Molière, à la
montagne, entre chat et souris, etc., illustrés par Effel (1960), Cabu
(1964), Sempé(1969).
Les grands dessinateurs ne dédaignent pas en effet de mettre leurs
crayons et leurs pinceaux au service de l’industrie ou de la prévention.
Barberousse travaille pour les laboratoires Guillon, Mustela, etc. Sempé
signe un carnet de santé de l’hypertendu (FFC Hoechst). En 1988-1989,
Juvénal demande à Wolinski et à Brétecher leur vision de la colopathie
en dix planches. Un régal. Les deux mêmes se retrouvent sur le thème de
la pilule pour Wyeth. Astérix se met au service du Giphar pour la
prévention des accidents. En 1992, Achille Talon, le héros de Greg,
pique-nique avec Canderel.
Au début des années 1980, apparaissent des albums avec un scénario.
Comme une trilogie sur l’antibiothérapie par Lier/Dupuis chez Roche ou «
Le secret de la Pulmoll verte » de Floc’h, dix planches de deux
vignettes que s’arrachent aujourd’hui les collectionneurs et qui a bien
contribué à relancer la pastille antitussive. Compte tenu de la quantité
d’information déversée, l’utilisation de la BD est restée somme toute
limitée, résume le Dr Bernardin.
Des médecins bien dans leurs bulles
Qu’ils aient commencé à en acheter à 12 ans, comme le Dr Philippe Bonnet
(ancien président de l’Unaformec), à 15 ans comme le Dr Damien Pollet ou
appris à lire avec Tintin comme le Dr Patrick Sichère, la BD a envahi
leur vie au propre et au figuré. Et ils lui reconnaissent un statut
d’œuvre d’art à part entière. Le plus boulimique, c’est Philippe Bonnet,
dont les 12?000 albums - il les a tous lus?-, tapissent les quatre murs
d’une pièce et s’entassent dans les malles. « J’ai commencé avec
Astérix, Tintin et Lucky Luke puis je suis passé à l’école moderne, Hugo
Pratt, Tardi. J’ai suivi l’évolution des dessinateurs abordant les
rivages de la BD considérée comme marginale et underground, éditée par
l’Association, éditeur du « Persepolis » de Marjane Satrapi. Pour moi,
la BD relève des arts graphiques et j’aime découvrir de nouveaux
talents. J’ai mis longtemps à m’y intéresser, mais un vrai amateur ne
peut pas ne pas avoir de planches. » Aujourd’hui, constate le Dr
Sichère, « le dessin académique n’est plus artistiquement correct et
c’est dans le milieu de la bande dessinée que l’on retrouve ceux qui
savent dessiner. D’où le succès des planches auprès des amateurs. »

La fibromyalgie illustrée
par Margerin
Copyright Margerin/Patrick Sichère
Des
collaborations exemplaires
Ces amateurs, forcément exigeants, ne cachent pas leur déception devant
la qualité moyenne de certaines productions à messages éducatifs.
Pourtant, la bande dessinée constitue un excellent outil de prévention
encore sous-utilisé, estime le Dr Bernardin, qui a découvert
l’utilisation de la BD dans la presse médicale francophone, en Afrique
en particulier. « Une très agréable surprise », dit-il. Le Dr Damien
Pollet se dit lui aussi convaincu que la BD, qui a fait ses preuves dans
la reconstitution historique, a la capacité de faire passer des messages
en prévention. « Le Concombre masqué » de Mandryka a participé à la
lutte contre le sida avec « Pas de sida pour Miss Poireau » (1987 et
1994). L’univers fantasque et burlesque de la série « L’asthme en BD »,
de Jérôme Cloud, pharmacien ancien interne des hôpitaux de Paris et
fondateur des éditions K’Noé, est une réussite. La BD rend plus
accessible le sujet médical et contribue à dédramatiser. « La plus belle
évocation des difficultés d’un jeune couple face à l’arrivée d’un bébé
ayant une malformation, je l’ai trouvé dans "46XY", de Terrier, un album
autobiographique », assure le Dr Bonnet.
Cette sensibilité particulière des dessinateurs face à l’univers de la
maladie et de la médecine les fait entrer de plain-pied dans la démarche
originale du Dr Patrick Sichère. Depuis 2001, le rhumatologue écrit des
articles sur la BD dans des journaux médicaux. « À chaque article
correspond une rencontre avec un auteur de BD ou un illustrateur auquel
je demande une dédicace en rapport avec un sujet de rhumatologie. Je
n’ai jamais eu de refus, car le fait d’être interrogé par un médecin
intéresse les dessinateurs. J’ai obtenu ainsi un dessin de Moebius sur
la mort et la douleur pour les 10 ans de la revue "Douleur", Achdé a
imaginé un Dalton avec de l’arthrose au doigt, Franck Margerin (Lucien
et sa banane) a illustré les points douloureux de la fibromyalgie, etc.
»
Marie-Françoise Depange
*La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image comprend des
expositions, un musée (8?000 planches et dessin originaux), une
librairie, une bibliothèque, un restaurant. Ouvert au public du mardi au
vendredi de 10 à 19 heures (18 heures du 1/9 au 30/6) et samedi,
dimanche, jours fériés de 14 à 19 heures (18 heures du 1/9 au 30/6).
www.citebd.org
**« La Santé dans les bandes dessinées » par Philippe Videlier et
Pierine Piras, Frison-Roche/CNRS éditions, 1992.
Le Quotidien du Médecin du : 19/06/2009
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