Seiler: interview

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Cela fait plus d’un an que j’avais en tête un portrait de Seiler et une interview “sous le coude”. Seiler s’est gentiment prêté à cette interview, à l’image de ses dessins, avec beaucoup d’humour.
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Copyright Seiler

Interview épistolaire réalisée en septembre 2009

Q1: Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel? Avez-vous toujours dessiné?
R: Oui, déjà tout petit… certains naissent avec une “cuillère en argent dans la bouche”, moi ce fut avec un crayon dans la main (HB pour les connaisseurs… !). En réalité j’ai toujours dessiné, contaminé par mes premiers livres de chevet : Tintin, puis le magazine du même nom,  “Pilote”, “Charlie-Hebdo”, “L’Echo des Savanes” etc.

Q2: Vous souvenez-vous du premier dessin publié? Quels sentiments éprouve-t-on quand on le découvre quelques jours plus tard?
R: Vous pensez si je m’en souviens… ! A l’époque, j’étais passionné de tauromachie et j’avais adressé à la plus ancienne revue taurine du monde “Toros” (qui paraît toujours), une caricature de torero.
J’étais alors en vacances dans le Sud: une amie, qui prenait mon courrier, m’avait téléphoné, me disant:
-tu sais quoi…?
-…ben non…
-ils ont passé ton dessin…!
Waaaooouuuuuu, je n’étais pas peu fier… c’est comme si j’avais reçu les 2 oreilles et la queue…!

Q3: Dans les années 80, vous dessiniez pour Var Matin, quels types de dessins faisiez-vous à l’époque (politique, actualité..)?
R: J’ai travaillé à 2 reprises pour Var-Matin, dans les années 80, j’illustrais d’abord l’actualité hyéroise dans les pages locales et quelquefois, à ma grande fierté, je faisais un dessin sur des sujets plus sérieux qui passaient en toutes éditions.
Puis après avoir arrêté quelques années l’illustration de la rubrique des “chiens écrasés”,  je proposai au journal de faire un dessin à la une sur un sujet politique à l’instar des “grands”, Faizant ou Plantu. Marché conclu… et le dimanche suivant mon dessin figurait en “une” sous la rubrique “Seiler du Temps”. l
L’aventure a duré 4 ans jusqu’à ce que Var-Matin soit racheté par Nice-Matin.

Q4: Depuis les années 90 vous vous êtes orienté vers la presse médicale, qu’est-ce qui a motivé ce choix? Comment devient-on dessinateur d’un tel magazine (contacté par le rédacteur ou envoi de dessins spontané….)?
R: C’est très simple, ma belle-mère était Directrice d’Hôpital et l’un de ses amis qui écrivait pour la revue “Agir Actualités” (ancien nom de “DH Magazine”) savait que Marc Guillochon, Directeur de la Publication, recherchait un dessinateur…l’affaire fut rapidement conclue et ça dure maintenant depuis plus de 20 ans!

Q5: Vous illustrez plusieurs magazines professionnels hospitaliers, avez-vous carte blanche une fois que vous avez pris connaissance des textes à illustrer, vous faites-vous recaler des dessins?
R: J’ai une carte blanche toute relative puisque pour tout dessin paru je propose 3 crayonnés différents. Les articles portent sur des établissements hospitaliers; aussi le magazine laisse-t-il au directeur le choix du dessin, pour ne rien vous cacher, celui-ci  prend souvent le plus soft: il ne  faut se fâcher avec personne…!
Sinon, Dominique Mathis, notre Rédac’Chef, est plutôt (le chien de Mickey) cool…pour l’affiche annuelle ou pour la “Page SEILER”,  j’ai toute liberté.
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Copyright Seiler: crayonné d’un dessin

Q6: Combien de temps vous prend la réalisation d’un dessin? Et celle d’une affiche comme le propose souvent le magazine DH Magazine?
R: C’est un peu l’histoire de Fernand Raynaud… “combien met de temps le fût du canon pour se refroidir?”…UN-CER-TAIN-TEMPS… !!!
Le plus long (ou quelquefois le plus rapide!) est de trouver l’idée…ça vient ou ça ne vient pas…(terrrrriiiiible page blanche).
L’idée venant en même temps que le dessin, il n’y a plus qu’à laisser faire la main… Une fois le crayonné effectué, il n’y a plus qu’à encrer, gommer, mettre en couleurs et finaliser (ombres portées par exemple) le tout prend entre une 1h et 1h30 suivant la complexité du dessin.
Quant à l’affiche…une bonne semaine.

Q7: Dessinez-vous de façon classique (papier, crayon, couleurs..) ou utilisez-vous les moyens informatiques (palette graphique…)?
R: De façon classique; le plus dur pour un dessinateur c’est de trouver le feutre avec lequel il se sentira le mieux, pour ma part j’utilise des feutres PILOT 0,1 et 0,8, papier Canson A3 224 gr et pour la couleur de l’aquarelle. Je n’utilise l’ordinateur que pour “nettoyer” le dessin après l’avoir scanné.

Q8: Qu’à apporté l’informatique dans votre métier (lien avec l’éditeur, site internet…)? Vous occupez-vous vous-même de votre site Internet?
R: Beaucoup de souplesse: on réalise, on scanne, on envoie… le dessin est prêt à être imprimé.
Avant c’était la galère, il fallait tenir compte des délais de la Poste afin que les rédactions les reçoivent à temps et quand ce n’était pas le cas, le dessin passait à l’as et la pige aussi. De plus on envoyait les originaux… avec aucune sûreté de les récupérer (j’en parle en connaissance de cause…).
Ceci étant, on a eu le fax entre temps (j’étais d’ailleurs un des premiers particuliers à avoir un fax à Hyères…je l’emmenais quand je partais en vacances avec moi… un peu plus de 5 kg et d’une lenteur…!).
Quant au site internet, je l’alimente personnellement… le plus régulièrement possible…!

Q9: “Best Seiler” fut-il votre premier recueil de dessins? Il y en a t-il eu beaucoup d’autres depuis?
R: Oui, ceci étant, j’avais illustré l’année précédente un petit ouvrage intitulé “La bouillabaisse à travers les âges”, mais ce n’était pas un recueil “de moi tout seul”. Après il y a eu “Vive le Ménagement” (1998), “Les Petits Matins de Saint-Tropez” (2006), “C’est la Crise” (2008).
Il existe également plusieurs plaquettes de dessins éditées avec “DH Magazine” et “Initial Services”.

Q10: Pour illustrez finement des sujets souvent techniques propres au monde hospitalier et à son administration, lisez-vous un peu la presse médicale et les projets de loi en rapport ?
R: Non pas du tout, à part les articles que je dois illustrer (6 pages et plus…) et que je lis plusieurs fois afin de m’en imprégner. Je vous rappelle que ma collaboration avec DH dure depuis plus de 20 ans…je ne vous dis pas le nombre d’articles que j’ai lus…! Ceci étant, si je tombe sur un article touchant au domaine de la santé dans la presse non spécialisée, je le lis…
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 Copyright Seiler: encrage d’un dessin

Q11: Je crois que vous avez collaboré aussi avec le magazine “Lui”. Une façon d’aborder des thèmes qu’un journal professionnel ne permet pas?
R: Dans le cas que vous citez, on tombe dans le cadre du dessin d’humour intemporel. Le dessin regardé 20 ans après aura toujours le même impact.
Là, on ne cherche plus à caricaturer un fait précis dans une période donnée (loi HPST, T2a…), le but étant uniquement de faire rire ou sourire… !

Q12: Vous faites aussi des dessins pour divers organismes, associations qui veulent communiquer grâce au dessin d’humour. Pouvez-vous nous en dire plus?
R: Effectivement, j’anime régulièrement des congrès ou des journées thématiques avec des clients réguliers (ARTH, la FNADEPA, l’ARFI, la FNADES…) ou ponctuels (CHU Nancy, UHNO, MFR, CHU Nantes, QUADRAL, etc.).
Par ailleurs, je suis présent chaque année à “Hôpital Expo” et “Géront’Expo” avec la société “Initial Services” qui édite des plaquettes de dessins ou des affiches à tirage limité, que je dédicace sur leur stand.
Enfin, on utilise mes services dans le cadre d’une communication ponctuelle (affiches, power point, cartes de vœux, dessins pour tee shirt, calendriers, sites internet…) ou récurrente comme l’illustration de journaux internes dont le dernier en date est le CHU de Nice.

Q13:Question difficile: comment vient l’idée d’un gag?
R: Malheureusement pour vos lecteurs, je n’ai pas de secret de fabrication à vous révéler… ça vient tout seul…! Mon médecin m’a expliqué que j’avais un cerveau pas comme les autres… c’est grave docteur…?

Q14: Avez-vous de nouveaux projets dans le domaine du dessin (livres, communication…)?
R: Livre… non, je viens d’en sortir un en décembre dernier aux Etudes Hospitalières.
Pour le 4ème trimestre, j’ai pour le moment 2 prestations de dessins en direct,  avec la DDASS et la FNADEPA, plus les traditionnelles cartes de vœux et l’affiche pour “DH Magazine”.

Q15: Beaucoup de dessinateurs ont créé leurs propres blogs destinés à élargir leur lectorat. En visitez-vous?
R: Très rarement, je vais de temps à autre sur celui de Jiho, Maester ou Deligne.
Pour ma part, c’est “NO BLOG IN JOB”…non, je plaisante, je n’aurais pas le temps de l’alimenter.
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 Copyright Seiler: colorisation d’un dessin

Q16: Lisez-vous des BD? Quels sont vos dessinateurs préférés? Quel dernier  album vous avez lu?
R: Contrairement à ma prime jeunesse, l’époque de «”Pilote, mâtin…..quel journal..!” je ne lis que très rarement des BD. Le dernier en date… le tome 14 des aventures du “Petit Spirou”.
Mes dessinateurs préférés… côté BD: Hergé, Tardi, Hugo Pratt, Uderzo…
Côté dessin d’humour et de presse: Sempé, Dubout, Ronald Searle, Cabu, Faizant, Bosc, Chaval…

Q17: Si vous n’aviez pas été dessinateur, quel autre métier auriez-vous pu ou voulu faire?
R: J’aurais aimé être réalisateur de films ou chef d’orchestre.

Q18: Avez-vous déjà été hospitalisé? Est-ce mieux ou pire encore que dans vos dessins?
R: Fort heureusement pour moi (je touche du bois), je n’ai jamais été hospitalisé véritablement hormis pour les amygdales et les végétations et en hôpital de jour pour un contrôle… les infirmières étaient charmantes, pas comme celles que je dessine habituellement, ce qui m’a valu de subir à 2 reprises les foudres d’associations d’infirmières.
Q19: Je crois que vous avez des enfants, votre talent s’est-il transmis?

R: Non, pas vraiment et c’est mieux ainsi, les fils ou les filles de ” … ” n’ont jamais égalé le talent du père…ouïïïeeee… mes chevilles…!
Mes filles excellent dans d’autres domaines (que je ne leur ai pas transmis non plus!).

Mille mercis à Seiler pour sa gentillesse.